JUIN-JUILLET-AOUT 2009

(CONGO-AFRIQUE » Editorial)

Le peuple se sent trahi ....

Editorial

 La situation qui prévaut actuellement dans la Province du Nord-Kivu est à la fois inquiétante et révoltante. D’après les dernières nouvelles, les troupes du Congrès National pour la Défense du Peuple (CNDP) du général dissident Nkunda Batware, qui s’affrontent aux Forces Armées de la RD Congo (FARDC), seraient aux portes de la ville de Goma, Chef-lieu de la Province. Et, dans leur marche vers cette ville frontalière de la ville rwandaise de Gisenyi, elles sont précédéés, comme les chaînes de télévision étrangères nous l’ont montré, par les populations innocentes — femmes, enfants, jeunes et vieux — qui, par milliers, fuient les combats, faisant ainsi craindre une catastrophe humanitaire.

Ce qu’il ne faut pas oublier, c’est le fait que ce regain de violence vient s’ajouter aux conflits armés  que la RD Congo a connus ces dernières années. Parmi ces conflits, on peut citer la guerre dite de libération déclenchée en  septembre 1996 et qui a conduit, le 17 mai 1997,  l’Alliance des Forces Démocratiques pour la Libération du Congo (AFDL) à prendre le pouvoir par les armes; la guerre qualifiée de Première Guerre Mondiale Africaine initiée le 2 août  1998 par le Rassemblement Congolais pour la Démocratie (RCD), alors mouvement rebelle, à partir de Goma et qui a impliqué plusieurs pays africains dont le Rwanda, l’Ouganda, le Burundi, le Tchad, le Zimbabwe, la Namibie, l’Angola. 

La reprise actuelle des combats inquiète et révolte parce qu’elle trahit l’aspiration du peuple congolais, dans son ensemble, à la paix et au développement. La participation massive des Congolais au processus électoral qui a abouti à l’installation des institutions de l’Etat était considérée comme un désaveu cinglant de la spirale de la violence dont les conséquences ont été désastreuses pour le pays. Par sa participation responsable au processus électoral, le peuple congolais avait clairement exprimé son refus de le voir utiliser les armes pour régler ses problèmes. A travers sa mobilisation générale pour les élections présidentielle et législatives, il avait clairement exprimé son désir de vivre dans la paix pour s’attaquer à la reconstruction du pays après dix-sept ans de Transition calamiteuse.

Voir ces mêmes populations qui, il y a à peine deux ans,  se sont mobilisées en masse pour se choisir leurs dirigeants, « condamnées, comme l’écrit la Conférence Episcopale du Congo (CENCO), à l’errance dans des conditions inhumaines », est révoltant. Et quand on sait que la reprise des hostilités intervient quelques mois seulement après la création du « Programme National de Sécurisation, Pacification, Stabilisation et Reconstruction des Provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu, dénommé « Programme Amani », Programme  auquel les belligérants actuels ont librement souscrit, il y a lieu de s’interroger sérieusement sur les intentions réelles des uns et des autres.

La question qui reste à poser et à laquelle il nous faudrait trouver une réponse en ce temps de grave crise, c’est celle de savoir ce qu’il faut faire pour que, dans l’avenir, nous privilégiions les voies du dialogue et de la concertation pour régler nos différends. Trois pistes de solution peuvent être explorées.

Il y a, premièrement, l’effort démocratique à poursuivre et à intensifier. Les études relatives à la consolidation de la paix montrent que les pays qui se font la guerre sont généralement ceux qui n’ont pas encore intériorisé les valeurs démocratiques que sont la transparence dans la gestion, la tolérance, l’alternance et, surtout, le respect de la loi. La Constitution de notre pays qui est notre Loi fondamentale interdit aux Congolais de prendre le pouvoir par les armes (art. 64). Il est donc difficile de comprendre que la loi votée au référendum constitutionnel des 18 et 19 décembre 2005 par 83,13% des voix soit impunément violée.

Deuxièmement, il faut s’attaquer aux problèmes sociaux de la population par une redistribution juste des richesses du pays. Les zones de combat sont, malheureusement, celles qui regorgent de ressources naturelles et minières. C’est la cupidité d’une poignée de personnes dont, malheureusement, ceux et celles des nôtres qui sont censés travailler pour le Bien commun, qui fait qu’ils recourent aux armes de la mort pour assouvir leurs intérêts égoïstes. Pour y arriver, ils corrompent, ils volent et ils massacrent leurs propres concitoyens.

Troisièmement, il nous faut apprendre à régler nos différends par les voies du dialogue sincère et de la concertation franche et résister à la tentation de recourir aux armes destructrices. Ce n’est pas par les armes qu’on reconstruit une nation. C’est plutôt par le travail acharné et bien fait que seul un climat de paix favorise. Recourir aux armes quand toutes les possibilités de dialogue et de concertation n’ont pas été explorées, est une trahison du peuple qui a placé tout son espoir et toute sa confiance dans les institutions démocratiques pour parvenir au développement durable, développement dont le Pape Paul VI dit qu’il est le nouveau nom de la paix.

Par Congo-Afrique