JUIN-JUILLET-AOUT 2009

(CONGO-AFRIQUE » Regards sur les temps actuels)

La lecture de la Bible et sa fonction sociale : Pour une option préférentielle pour les pauvres

Regards sur les temps actuels
LE LIVRE DE L’EXODE RAPPORTE, entre autres, que Yahvé lui-même avait dit à Moїse: « J’ai vu, j’ai vu la misère de mon peuple qui réside en Egypte... Je suis résolu à le délivrer de la main des Egyptiens... » (3, 7.8). Ces mots ne peuvent laisser en paix un théologien au service d’un peuple étranglé par une misère écrasante et multidimensionnelle. Dans un contexte indescriptible cet ordre de Dieu donné à Moïse acquiert un accent tout à fait particulier et un discours théologique conséquent. La Parole de Dieu comme événement ne se laisse jamais enfermer dans le passé : elle demeure actuelle et à actualiser. Elle nous parle et nous intéresse dans la situation concrète de notre existence, tout en nous défiant, sollicitant et obligeant notre action, comme le souligne A. Kabasele avec beaucoup de pertinence : « Puisque le contexte africain peut être défini comme un contexte de crise, où la majorité numérique est exploitée, sinon opprimée, il faut poser au texte biblique les questions que se pose cette majorité souvent silencieuse. Ce sont eux les habitants de la périphérie du pouvoir, de l´avoir et du savoir qui deviennent ainsi les interlocuteurs privilégiés de la lecture africaine de la Bible. Comment dire à ceux qui sont bafoués qu´ils sont fils et filles de Dieu ? » (1) . Dans cette présente « lecture africaine de l´Exode» (2) , nous nous interrogeons comment interpréter le message du Messie guérisseur et libérateur (cf. Lc 4, 18ss ; 7, 22) dans le contexte d’un peuple abandonné à son propre sort, laissé-pour-compte, et même trahi ! Comment prêcher le message d’un Messie libérateur à un peuple opprimé et emprisonné ? Voilà un défi auquel tout discours théologique sérieux et crédible ne peut échapper (3) ! Notre propos essaie d’abord de jeter un regard sur la situation actuelle du peuple congolais, puis il se laisse éclairer par l’enseignement social de l’Eglise sur le respect humain et la justice sociale, avant de faire ressortir la nécessité d’une option préférentielle pour les pauvres à la lumière de la Bible. Un regard sur le contexte actuel La vision anthropocentrique du Négro-africain, selon laquelle la vie demeure une valeur centrale et sacrale, n’est un secret pour personne. Cette croyance comporte normalement deux principales conséquences morales : d’une part, le respect et la défense de la vie de tout homme, d’autre part, la crainte et la vénération du Donateur de la vie, en l’occurrence Dieu. Ceci implique aussi que le Dispensateur de la vie n’en soit pas en même temps le destructeur, c’est-à-dire l’origine du mal. Le mal, dans ses multiples formes comme menace à la vie individuelle et ou sociale (vol, tuerie, dictature, mensonge,...) ne peut être que l’oeuvre de l’homme, car «de ces croyances et de cette vision du monde découlent, chez les Africains, l’éthique, le culte et le droit (…), une éthique de participation et de communion avec autrui. (…) Si le bien est attribué directement à Dieu, le mal vient de l’homme lui-même, des trépassés, des forces personnifiées au service du mal. (…) L’éthique bantu est une éthique vitale (…); elle est au service de la vie, et donc toute ouverte à la morale évangélique (cf. Jn 10, 10. (…) Le respect des parents et des ordres hiérarchiques (…) rejoint un des dix Commandements. Le respect de la vie humaine et de ses moyens existentiels est une autre note de la culture bantu. Il rencontre le message chrétien» (4). Toutefois, il convient de se demander, dans quelle mesure ce respect de la vie humaine, cette croyance reçue des ancêtres est encore observée et vécue actuellement. Notre penser…
Abbé Guy-Angelo KANGOSA