Problématique et objectifs d’un recensement
Pour plusieurs raisons, nous estimons que le Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) s’impose en République Démocratique du Congo.
Le dernier recensement de la population de la RD Congo dont nous donnerons les normes plus loin date de 1984. Depuis lors, les caractéristiques essentielles de la population comme la taille, la structure, la composition par nationalité, etc. font l’objet de spéculation. A plusieurs occasions, les dirigeants du pays se rabattent sur les données dont les sources sont incertaines. A propos de la population de Kinshasa, par exemple, certains l’estiment à 10 millions d’habitants, voire plus.
Les mesures des variables de la dynamique comme la natalité et la mortalité proviennent des enquêtes par sondage dont on connaît les marges statistiques. Depuis l’Indépendance en 1960, ces indicateurs sont très peu changeants. Le Taux Brut de Natalité (TBN) oscille entre 40 - 44 pour 1000. Le taux de mortalité, quant à lui, varie entre 20 et 24 décès pour 1000 habitants. L’espérance de vie à la naissance est de 45 – 48 ans; il suffit qu’elle baisse un peu pour parler de l’impact de la grande maladie qu’est le SIDA. Les références publiées par les organismes internationaux rivalisent dans la diversité des chiffres pour les mêmes années et périodes.
Entre-temps, le pays vient d’opter pour une politique de lutte contre la pauvreté qui implique l’équité dans la distribution. Dans le Document de la Stratégie de Croissance et de Réduction de la Pauvreté (DSCRP), les autorités ont relevé la nécessité de disposer des données chiffrées sur la population dans le but d’apprécier l’impact de la politique proposée sur la réduction de la pauvreté. De toute manière, pour une bonne administration, la connaissance des effectifs de population a toujours été une condition d’efficacité. Cette donne permet, en effet, de bien programmer les moyens de satisfaire les besoins de tous en essayant d’ajuster la production à la consommation. La bonne administration impose de connaître non seulement l’effectif de ses administrés, mais également de dire quelles sont leurs caractéristiques d’âge et de sexe, ou encore, de répondre à la question sur leur lieu de résidence.
Après cet exposé général sur la problématique du recensement, nous répondons à ceux qui estiment actuellement superflu un recensement scientifique de la population à la sortie d’un recensement électoral que le pays vient d’organiser. Nous insisterons sur la nature d’un recensement électoral dont la mission se limite au comptage de ceux des Congolais qui se présentent à l’identification et à l’enrôlement uniquement pour leur participation aux scrutins, d’une part, et sur les lacunes intrinsèques de ce type de recensement comme source des données démographiques, d’autre part.
Justifiant le choix préférentiel du recensement scientifique, nous allons insister sur l’abondance, la richesse et la diversité des informations à tirer du recensement général de la population et de l’habitat (RGPH) ainsi que sur la rigueur méthodologique de son organisation. Nous souhaitons que le pays ne puisse pas rater cette occasion d’un deuxième recensement scientifique de sa population.