JUIN-JUILLET-AOUT 2009

(CONGO-AFRIQUE » Editorial)

Sommes-nous prêts à et fiers de fêter nos 50 ans d'indépendance?

Editorial

Le 30 juin 2010, la RD Congo commémorera le cinquantième nniversaire de son  indépendance. Dans la mesure où les 50 ans d’existence de la revue Congo-Afrique coïncideront avec ceux de l’indépendance du pays, sa rédaction suggère, en vue d’aider les Congolaises et les Congolais à mieux célébrer ce jubilé d’or d’indépendance, de répondre à cette question  « sommes-nous fiers de nos 50 ans d’indépendance ? ».

La revue Congo-Afrique est née de son ancêtre « Documents pour l’Action»,  en janvier 1961, quelques mois seulement après l’accession de la RD Congo à la souveraineté internationale. Dès sa création, notre revue s’est efforcée de lire, avec lucidité et objectivité, les événements qui se sont produits dans le pays et les a immortalisés, entre autres, dans une rubrique qu’elle a intitulée : « Afrique-Actualités ». C’est cette rubrique que nous entendons, Dieu aidant, éditer dans un ou deux volumes pour aider les Congolaises et les Congolais à relire leur propre histoire racontée par un ami du Congo, qui n’est pas historien, celui à qui nous avons rendu hommage dans notre numéro 435 du mois de mai et qui fut l’éditeur et rédacteur en chef de la revue Congo-Afrique depuis 1965 : le Père René Beeckmans, SJ.

« Sommes-nous fiers de nos 50 ans d’indépendance ? » est la question qui nous guide et nous guidera tout au long des jours qui nous conduisent au 30 juin 2010, « Jour sacré de l’immortel serment de liberté » que nous avons le devoir de léguer « à notre postérité pour toujours ». 

Les articles que nous publions dans le présent numéro ne répondent pas directement à la question qui nous guide. Ils amorcent plutôt une réflexion sur notre pays que nous avons promis, dès le 30 juin 1960, de bâtir plus beau qu’avant dans la paix.

« Etes-vous prêts à et fiers de fêter les 50 ans de l’indépendance de notre pays » ? Voilà une question qui pourrait bien nous être posée par le fleuve Congo. C’est le sentiment que nous avons après la lecture de l’article des professeurs Francis Lelo Nzuzi et Célestin Tantu Nginamau au titre évocateur : « Les atouts et limites du fleuve Congo face à la relance de l’économie post-conflit en RD Congo ».

Après la lecture de cet article, nous nous sommes laissés interroger par ce majestueux fleuve : « Qu’avez-vous fait de moi ? Combien de fois m’avez-vous exploité à bon escient ? Qu’avez-vous fait, en 49 ans, de ma capacité à assurer le transport de vos produits agricoles à moindres frais ? de ma capacité à vous nourrir avec les bons poissons dont je regorge ?  Ne vous êtes-vous pas contentés d’importer, à grands frais, du poisson d’ailleurs alors qu’il vous aurait suffi d’un travail assidu pour m’exploiter pour votre bien » ?

D’après les auteurs de l’article sur le fleuve Congo, en effet,

«Le développement économique de diverses provinces dépend essentiellement de lui, sans oublier sa jonction avec le chemin de fer, qui établit la liaison avec d’autres provinces. En l’absence de routes praticables, face à un réseau ferroviaire vétuste et au coût énorme du fret aérien, la voie fluviale reste le meilleur moyen pour les échanges commerciaux et le développement de l’agriculture dans les provinces riveraines. Ainsi, jusque dans les années 80, cuivre, huile, coton, sucre, café et pétrole passaient par eau pour atteindre la côte atlantique, et c’est par le fleuve aussi que les biens importés atteignaient l’intérieur du pays».  

Le temps qui nous sépare de la célébration de nos 50 ans d’indépendance nous oblige donc à nous poser des questions sur notre indépendance économique, mieux, sur ce que nous avons fait, en 50 ans, pour faire de notre pays une force économique au cœur de l’Afrique. Le fleuve Congo pourrait y contribuer. Mais, il y a des préalables, préalables que les professeurs Lelo et Tantu expriment en ces termes : « le développement de l’intérieur du pays par la relance de la production agricole, la création de véritables métropoles régionales par la redynamisation et l’industrialisation des villes moyennes riveraines ». C’est à cette condition, pensent-ils, que « naîtront  les richesses que le transport fluvial peut valoriser ».

Pourquoi n’avons-nous pas été capables de faire de la RD Congo un pays plus beau qu’avant comme nous le chantons depuis 1960 ? Qui ou que faut-il accuser ? Nombreux sont ceux qui, à tort ou à raison, pensent que la culture africaine porte en elle et avec elle les germes du sous-développement. Nous avons demandé à deux penseurs et chercheurs africains de nous éclairer sur cette question. Dans son articule intitulé « La culture africaine : quelques aspects positifs et négatifs », le professeur Pamphile Mabiala Mantuba-Ngoma pense, entre autres, que

« Si la culture a une certaine part de responsabilité dans la débâcle africaine, il faut pourtant se garder de l’instrumentaliser, outre mesure, à des fins de développement. La culture est valable pour elle-même parce qu’elle est porteuse des choix, des préférences, des sensibilités et des valeurs fondatrices de la vie d’un groupe humain. Elle n’est qu’une configuration, un ensemble de conventions et de comportements standardisés qui permettent à un groupe de  vivre dans un milieu déterminé et de s’orienter dans le monde.

 La culture africaine n’est pas une culture déficitaire ou malade, mais une culture comme tant d’autres. Elle possède des valeurs positives  propres qui permettent aux Africains d’être repérables dans le monde. Les structures étatiques et sociales doivent continuer de garantir et de promouvoir ces valeurs. Le monde d’aujourd’hui a beaucoup à apprendre du sens d’humanité des Africains et des autres valeurs fondatrices de la culture africaine.»   

Partant d’une analyse critique de trois auteurs africains, à savoir : Axelle Kabou, Daniel Etounga-Manguelle et Baenge Bolya, le professeur Kä Mana plaide, dans son article intitulé « La culture africaine peut-elle être porteuse d’une dynamique de développement aujourd’hui ? », pour l’invention d’une nouvelle culture africaine. Il écrit, dès lors, dans la conclusion de son article:

 « C’est le problème de la révolution qu’il est urgent de lancer pour transformer les rationalités culturelles africaines en vue d’inventer une nouvelle culture capable de répondre aux défis politiques, économiques, sociaux, culturels et spirituels de nos sociétés africaines.  »

Ces différentes positions sont certes discutables. Mais elles ont l’avantage de nous aider à réfléchir, après les indépendances, sur nous-mêmes, c’est-à-dire sur nos faiblesses et nos forces. L’attitude la meilleure, celle qui nous permettra de faire un jour de notre rêve de développement une réalité est, à nos yeux, celle de Dieu qui voit la misère de son peuple et qui agit pour l’en libérer. C’est le sens de la réflexion de l’abbé Guy Kangosa qui, dans son article sur « La lecture de la Bible et sa fonction sociale » prône «une option préférentielle pour les pauvres».

Oui, nous serons fiers de notre indépendance le jour où les pauvres de notre pays qui deviennent de plus en plus pauvres pendant que les riches s’enrichissent sur leur dos, diront du fond de leur cœur : « Nous sommes fiers de notre indépendance ».

CONGO-AFRIQUE

 

 

Par Congo-Afrique