Dans notre numéro 433 de mars, nous avions annoncé le décès, en Belgique, le 21 février 2009, du Père René Beeckmans et notre décision de lui consacrer le numéro de mai au cours duquel, il allait fêter, le 15 mai, ses 80 ans. C’était pour nous la façon de rendre hommage à celui dont la présence en RD Congo est essentiellement liée à Congo-Afrique et au CEPAS.
Dans un premier temps, le Père Beeckmans a régulièrement enrichi, par des articles percutants sur les idéologies, la revue bimestrielle « Documents pour l’Action », d’orientation culturelle et sociale, éditée par la Bibliothèque de l’Etoile (BDE) avec comme rédacteur le Père Robert Roelandt. Le Père Beeckmans en sera rédacteur-adjoint en novembre 1964 puis rédacteur en chef en 1965 lorsque son titulaire fut appelé à d’autres fonctions en Belgique. Il a converti ensuite, en janvier 1966, la revue Documents pour l’Action en « Congo-Afrique » éditée désormais sous la responsabilité du Centre d’Etudes pour l’Action Sociale (CEPAS) qui venait d’entrer en fonction en janvier 1965 et dont il fut membre. Les sous-titres Economie-Vies Sociale et Culturelle délimitent les centres d’intérêt du nouveau titre. Le Père Beeckmans y occupera successivement les fonctions d’Editeur et Rédacteur en chef (1966–août 2006), et de Rédacteur-adjoint (septembre 2006–2007). Il dirigera le CEPAS et l’Inades-Formation en 1988–1991.
Nous publions ici les témoignages lus, le 26 février, au cours de la messe dans l’Eglise Sacré-Cœur auxquels se sont ajoutés plusieurs autres. Tous illustrent à suffisance les divers aspects de la vie du Père René Beeckmans. Ces témoignages nous viennent et des personnes qui ont vécu et de celles qui ont travaillé avec lui, soit à la revue, soit au CEPAS. Aussi sont-ils très précieux. Ils tentent de nous révéler, au-delà de leur aspect subjectif inévitable, que le Père Beeckmans « dirigeait et animait la revue avec une remarquable force de passion, d’intelligence, de lucidité et de rigueur » (Kä Mana). C’est justement cette recherche d’excellence que l’ordre des Pères Jésuites appelle le « magis » qui a caractérisé la vie du Père Beeckmans.
C’est cela que met en lumière le sermon du Père Johan Allary qui fut son compagnon à Kisantu et premier conseiller culturel de la revue Congo-Afrique. Il fait ressortir le mieux les traits significatifs de la vie du Père Beeckmans. Le passage suivant illustre une dimension de sa vie religieuse :
« En terminant sa théologie, le Père René, dit-il, avait choisi comme thème de son mémoire de licence : « Le rapport entre l’Eucharistie comme pain de vie et notre devoir de donner du pain à tous les humains qui ont faim ». Il avait donc voulu réfléchir profondément, commente le P. Allary, au rapport entre l’Eucharistie qu’il célébrait comme prêtre et notre devoir de nous engager au service des pauvres dans ce monde, notre devoir d’aider substantiellement à résoudre les problèmes de la pauvreté, de la faim et du développement. Nous ne nous tromperons pas en pensant que les efforts incessants qu’il a fournis pour (sélectionner) et publier mois après mois dans Congo-Afrique les études solides des meilleurs auteurs qu’il parvenait à contacter, il a voulu mettre ce programme-là en pratique : collaborer au progrès, à plus de justice et de bien-être pour les nombreux pauvres dans nos pays ».
Les préoccupations du Père Beeckmans qu’exprime ici le Père Allary nous font remonter aux origines de notre revue évoquées plus haut et nous invitent à rendre hommage à un autre pionnier, le Père Albert Leysbeth de la Compagnie de Jésus, décédé, à 92 ans, le 22 mars 2009, un mois après le Père Beeckmans. Successeur du Père Jean Comeliau, fondateur, à Leverville (Soa) en 1943, de la Bibliothèque de l’Etoile (BDE) – anciennement Bibliothèque des évolués –, le Père Leysbeth continua cette « œuvre d’édition qui mettait à la disposition des lecteurs africains des petites brochures sur des sujets divers : de technique, d’histoire, de littérature. C’est à ces publications précisément, que viendra se greffer, en janvier – février 1961, le bimestriel « Documents pour l’Action ». L’interprétation que fera le Père Leysbeth de la Bibliothèque de l’Etoile est que « le Père Jean Comeliau voulait évoquer l’étoile qui figurait sur le drapeau du Congo-Belge et aussi la ferveur de sa piété mariale, sa Stella Maris. » La référence patriotique à l’étoile du drapeau du Congo-Belge inspira, nous en sommes certains, les rédacteurs de l’éditorial du premier numéro de Documents pour l’Action au titre suffisamment parlant : « Au service du Congo ». Oui ! Etre au service du Congo, de sa grandeur, de son développement ; au service de son élite intellectuelle au pouvoir, académique ou dans les entreprises publiques ou privées. En 1965, le Père Beeckmans intitulait son éditorial « Au seuil de la cinquième année ». On y lit :
« Au seuil de la cinquième année …la rédaction espère que les liens d’amitié et de coopération qui se sont créés et multipliés depuis quatre ans croîtront en intensité et en fécondité. Elle espère en particulier pouvoir contribuer pour sa part au rétablissement de la paix dans notre pays, en se mettant au service de la vérité, de la justice, de l’amour et de la liberté. Ce sont là, d’après le Pape Jean XXIII, les fondements d’une vie sociale saine et heureuse ».
Ces pensées sociales nous rappellent qu’il est de tradition à Congo-Afrique que le numéro du mois de mai soit consacré aux problèmes liés au travail humain. C’est ainsi qu’ont été choisis l’article sur « Un Kibboutz au Congo », symbole de travail communautaire, que le Père Beeckmans avait écrit en 1966 et l’article sur la problématique de « la résiliation du Contrat de Travail pour incarcération du travailleur ». Les auteurs J.-M. Kumbu ki Ngimbi et A. Lobo Kiwete concluent leurs réflexions en soulignant que « pour interpréter les lois sociales, il faut tempérer l’esprit juriste en y ajoutant quelques gouttes de l’esprit social et humain sinon on risquerait de sacrifier la vérité à la logique ».
L’occasion nous est donnée ainsi de dire ici au-revoir à M. Francis Kikassa Mwanalessa qui a pris sa retraite le 30 avril 2009. Travailleur consciencieux et dévoué, M. Kikassa est une figure bien connue de nos lecteurs. Son témoignage sur le Père Beeckmans dans ce numéro révèle qu’il a été, avec lui, un des piliers de la revue Congo-Afrique dès janvier 1966. Ses écrits remontent alors à cette année-là. Il nous quitte après avoir rendu des loyaux services à Congo-Afrique et au CEPAS.