JUIN-JUILLET-AOUT 2009

(CONGO-AFRIQUE » Editorial)

Que nous réserve l’année 2009 ?

Editorial

  Nous n’avons pas pu résister à la tentation de reprendre, au seuil de l’année 2009, un extrait de notre éditorial de janvier 2008 et vous comprendrez pourquoi.

Parlant de la République Démocratique du Congo, nous écrivions ceci : «  L’année 2008 commence, en RD Congo, dans un climat d’incertitude. L’insécurité créée à l’Est du pays à la suite des affrontements entres les Forces Armées de la RD Congo et les troupes du général dissident Laurent Nkunda ne rassure pas quant à l’avenir du pays. De nombreux Congolais, en majorité les femmes et les enfants, ont commencé la nouvelle année loin de chez eux, dans des conditions de précarité extrême » (Congo-Afrique (Janvier 2008) n° 421, p. 3).

Nous sommes obligés de dire encore, la mort dans l’âme, que de nombreux Congolais, en majorité les femmes et les enfants, commenceront l’année 2009 loin de chez eux, dans des conditions de précarité extrême. Les années, chez nous, semblent se suivre et se ressembler. L’incertitude avec laquelle nous commencions l’année 2008 risque donc de nous accompagner tout au long de l’année 2009. La raison en est celle-ci : certains de nos compatriotes continuent de préférer les intérêts personnels et égoïstes à l’intérêt  général. Certains de nous continuent de penser que les différends entre nous doivent être réglés par la force des armes et non par la force de l’amour qui privilégie la tolérance, le dialogue sincère et constructif, l’unité dans la diversité.

On comprend, dès lors, le sens du « cri de détresse et de protestation » que viennent de lancer les Archevêques et Evêques, membres du Comité permanent de la Conférence Episcopale Nationale du Congo (CENCO). Dans leur Déclaration du 13 novembre 2008 que nous reproduisons dans ce numéro, les Evêques parlent d’« Un vrai drame humanitaire qui s’apparente à un génocide silencieux dans l’Est de la RD Congo qui se déroule sous les yeux de tous ». Les Pasteurs de l’Eglise catholique évoquent, de façon poignante, « les massacres gratuits et à grande échelle des populations civiles, l’extermination ciblée des jeunes, les viols systématiques perpétrés comme arme de guerre : de nouveau, une cruauté d’une exceptionnelle virulence, est en train de se déchaîner contre les populations locales qui n’ont jamais exigé autre chose qu’une vie paisible et décente sur leurs terres ».

Les Evêques n’exagèrent pas. Les images désolantes montrant femmes, enfants, jeunes, vieux, errer en fuyant des combattants sans scrupule, ont parcouru le monde grâce aux chaînes de télévision étrangères. Ces tristes images montrent non seulement la cruauté de l’homme, mais aussi nous forcent à nous interroger sur les raisons profondes de la récurrence de la guerre à l’Est du pays.

Les Evêques identifient l’exploitation de richesses naturelles de la RD Congo et le plan de balkanisation du pays comme étant le nerf de la guerre. Ils écrivent, sans révéler quelque chose de vraiment nouveau,  que « tous les conflits se déroulent dans les couloirs économiques et autour des puits miniers ».

Que nous réserve, dès lors, l‘année 2009 ? L’année 2009 risque fort de ressembler à l’année 2008 qui s’achève dans la désolation. La situation risque même d’empirer à cause, en grande partie, de la crise financière mondiale qui vient perturber nos économies déjà exsangues et à cause aussi du manque d’un leadership fort et lucide.

L’année 2008 se termine avec, au moins, une bonne nouvelle : l’élection à la présidence des Etats-Unis d’un jeune Afro-Américain talentueux : Barack Hussein Obama. Je ne suis pas sûr — et ce n’est d’ailleurs pas sa première mission —, qu’il travaillera principalement  pour le développement de l’Afrique même s’il a des origines africaines. Mais, il a montré, jusqu’ici, une qualité qu’on attend d’un leader lucide : être rassembleur.

 Nous espérons que le sérieux, l’intelligence, la tolérance et l’incarnation de l’unité dans la diversité dont fait montre le 44ème Président des Etats-Unis pourraient inspirer nos dirigeants actuels et futurs. 

Si le  mot d’ordre de la campagne de M. Barack Obama, « Yes ! We can » (Oui ! Nous pouvons) a séduit la grande majorité de l’électorat américain, c’est à cause, nous semble-t-il, de son caractère inclusif. « Oui ! Nous pouvons » est différent de « Oui, je peux ».  C’est l’égoïsme et l’orgueil qui habitent ceux et celles qui se battent, armes à la main, pour le pouvoir politique et économique.

 Les défis de l’année 2009 et des années futures sont tellement nombreux et complexes qu’ils ne seront relevés que grâce à un leadership inclusif, celui qui s’appuie sur la compétence que notre diversité incarne pour en faire une force d’avenir.

L’année 2009, pour être différente de l’année 2008, a donc besoin de leaders qui privilégient l’unité dans la diversité et qui préfèrent le dialogue constructif aux armes destructrices et dévoreuses de nos maigres ressources.

Par Congo-Afrique